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Actualités de 2003 à 2008

Fin 2004 : Une opinion publique favorable à l’Union européenne

Stéphane Bloetzer, 14 décembre 2004 Catégorie: Questions institutionnelles

L’Union européenne a connu une année 2004 extrêmement riche en événements majeurs. Rappelons les grands moments de cette année faste :

Le 1er mai 2004 l’Union a connu son plus important élargissement. Dix pays, à savoir Chypre, la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République slovaque et la Slovénie, représentant conjointement plus de 100 millions de citoyens, l’ont rejoint. Avec cette extension, principalement à l’est et aux Etats baltes, l’Europe s’est politiquement et institutionnellement réunifiée et le Vieux Continent a enfin surmonté la funeste fracture qui le défigurait depuis la fin de la 2e Guerre Mondiale.

Comme ce considérable élargissement de l’Union nécessite également une adaptation importante de ses institutions, l’UE avait pris le double pari de réussir son élargissement et son approfondissement. Avec l’accord politique d’adopter le Traité établissant une Constitution pour l’Europe le 18 juin et la signature solennelle de ce traité constitutionnel par les chefs d’Etat et de gouvernement des vingt-cinq Etats membres le 29 octobre à Rome, l’UE se donne, malgré certaines insuffisances et desirata à propos de ce texte, les moyens de gagner son pari sur le big bang. Les institutions de l’UE ont fait leur devoir. Il s’agit maintenant aux Etats membres et à leurs autorités politiques de réussir le tour de force de la ratification de ce texte.

La démocratie européenne naissante s’est exprimée lors des élections du Parlement européen des 10 au 13 juin. Et, pour la première fois, le nouveau Parlement a ostensiblement influencé la composition de la Commission. Son président-désigné, Monsieur Durão Barroso, n’a obtenu le feu vert pour l’investiture de son collège qu’après un remaniement imposé par les parlementaires européens.

Tous ces événements et l’approche de la fin de cette année européenne exceptionnelle nous invitent à nous tourner une nouvelle fois vers les citoyens, pour le bien desquels l’UE existe et doit œuvrer (art. 2 Traité de l’UE et explicitement art. I-2 et I-3 du traité constitutionnel). Que pensent-ils de la nouvelle UE qui est sur le point d’émerger sous leurs yeux ? L’édition du mois courant de l’Eurobaromètre, qui sonde régulièrement l’opinion publique dans l’UE, nous offre des premières indications sur le degré de satisfaction avec l’UE et ce qu’elle a accompli ces derniers mois.

Après l’entrée des dix nouveaux pays dans l’Union, le sentiment d’appartenance à l’égard de l’UE connaît une évolution positive. 56% des personnes sondées estiment que faire partie de l’UE représente une bonne chose pour leur pays. Il faut remonter à 1995 pour observer un résultat aussi positif. Fin 2004, 53% des citoyens européens estiment que leur pays a plutôt bénéficié de son appartenance à l’UE, contre 34% qui sont d’un avis contraire. C’est un niveau jamais atteint au cours des dix dernières années. 50% des sondés ont une image positive, 33% une vision neutre, et 15% seulement une attitude négative à l’égard de l’UE. La confiance dans les institutions européennes est de 52% pour la Commission et 57% pour le Parlement européen.

Mais surtout, les citoyens européens se montrent très favorables à l’idée d’une Constitution européenne. Ils sont 68% à affirmer leur soutien à la signature d’un texte de ce type. L’immense majorité des interviews a d’ailleurs été réalisée dans les semaines précédant la signature du Traité constitutionnel en octobre. Bien sûr il s’agit là d’un soutien au principe d’une Constitution européenne et non pas encore d’un avis sur le contenu du traité constitutionnel soumis à la ratification.

Relevons aussi que les citoyens européens ne sont pas seulement favorables à l’approfondissement institutionnel de l’Union. Une petite majorité de 53% des citoyens interrogés se montre également positifs à l’égard d’un nouvel élargissement de l’UE. Selon la Commission, cela est le signe que les répondants ont le sentiment que le dernier élargissement s’est bien passé. Ce sont les citoyens des dix nouveaux Etats membres qui se montrent les plus nombreux à soutenir un futur élargissement de l’Union européenne.

Finalement, le dernier Eurobaromètre révèle encore que 78% des personnes sondées soutiennent une politique de sécurité et de défense commune. Ce chiffre enregistre également une progression significative de 5 points depuis le printemps 2004. Il faut remonter dix ans en arrière pour un observer un niveau d’adhésion similiaire.

Que pouvons-nous retenir de tous ces chiffres ? Evidemment un sondage n’est toujours qu’un instantané d’une opinion publique changeante. Il n’est pas non plus comparable à une votation populaire ou à des élections. Néanmoins, l’Eurobaromètre de décembre 2004 semble indiquer qu’une majorité assez claire des citoyens européens souhaitent que l’intégration européenne progresse et salue les succès de l’année écoulée. La légitimité de l’Union européenne augmente si elle affirme dans ses textes fondamentaux les valeurs sur lesquelles elle se fonde et si ses institutions fonctionnent conformément à celles-ci (input-legitimacy). Si en plus, l’Union et ses principaux organes atteignent les objectifs qu’ils se sont fixés et si ces objectifs sont bien communiqués et justifiés aux yeux des citoyens, alors sa crédibilité et son bien-fondé grandissent dans l’opinion public (output-legitimacy).

Aussi à l’avenir l’Union européenne devra donc faire ses preuves à ces deux niveaux. L’approfondissement, l’élargissement et l’affirmation et la défense des intérêts européens sur la scène internationale doivent être menés conjointement. L’année 2004 et l’Eurobaromètre de ce mois de décembre nous apprennent une chose : l’élargissement et l’approfondissement de l’UE ne s’opposent pas ; ils se conditionnent mutuellement. Ils sont l’expression d’un seul et unique phénomène : de la vitalité du processus de l’intégration. En fin de compte, n’en déplaise aux eurosceptiques, il s’avère que plus ce processus est dynamique, bien gouverné et bien communiqué, plus il trouve le soutien des citoyens européens.


Reproduction autorisée avec indication de la source :
Stéphane Bloetzer, www.unige.ch/ceje, actualité n°: 179 du 14 décembre 2004.

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